Farid Boudjellal, l’auteur de « Mémé d’Arménie »

Artsvi Bakhchinyan

Այս անգամ Արծուի Բախչինեան կը զրուցէ ալճերիական եւ հայկական արմատներով ֆրանսացի նկարիչ, բեմագրող, գծավէպի վարպետ Ֆարիտ Պուճելլալի հետ։ 1953-ին Թուլոն (Ֆրանսա) ծնած Պուճելլալ ֆրանսախօս երկիրներուն մէջ ճանչցուած է իր ընտրած ասպարէզին մէջ ցեղային խտրականութեան, հանդուրժողականութեան եւ հանրային այլ թեմաներու արծարծումով, յատկապէս սիրուած են անոր գծավէպերը Փըթի Փոլիօ անունով հերոսին մասին։ Պուճելլալ հրատարակած է նաեւ «Հայ Մեծ-Մաման» (Mémé d’Arménie) գծավէպը (թարգմանաբար լոյս տեսած է նաեւ հայերէն եւ թրքերէն՝ Իսթանպուլի մէջ), ներշնչուած իր հայ մեծ մօրմէ՝ Մառի Պետրոս Գարամանեանէ, որ եղած է օսմանահպատակ եւ Ցեղասպանութենէ ետքը ապաստանած է Ալճերիա, ապա՝ Ֆրանսա…

Farid Boudjellal, né en 1953 à Toulon, est un coloriste, dessinateur et scénariste auteur de bandes dessinées français. Issu de l’immigration algérienne et de l’exode arménien, il est atteint de la poliomyélite à l’âge de huit mois. Il grandit dans le sud de la France. La maladie, poliomyélite et asthme, l’empêche d’aller à l’école du cours moyen jusqu’à la classe de troisième. Titulaire d’un CAP d’employé de bureau et d’un baccalauréat G2, il poursuit par deux années à l’université: l’une en lettres, l’autre en sociologie. Son enfance est marquée par la guerre d’Algérie, mai 68 et la revue Kiwi à laquelle il rend plus tard hommage dans l’album Petit Polio où il fait apparaître entre autres, le héros Blek le Roc.
En 1978, il publie des histoires courtes dans Circus et Charlie Mensuel. Son premier récit long, L’Oud, paraît chez Futuropolis. À Paris, il s’installe dans un studio avec José Jover et Roland Monpierre. Il réalise en 1986 l’affiche du film Le Gone du Chaâba, adaptation au cinéma d’un ouvrage d’Azouz Begag. Il écrit de nombreux scénarios et dessine de nombreux albums consacrés au thème de l’immigration (Les Soirées d’Abdullah, Mémé d’Arménie), à la crise du logement en France (L’Oud), au racisme (Juifs-Arabes, Jambon-beur, Le Beurgeois) et au handicap (Petit Polio).
En 1998 paraît le premier tome de Petit Polio, série plus ou moins autobiographique où il reprend le personnage de Mahmoud déjà présent dans Ramadan: « Le personnage de Petit Polio est d’une certaine façon l’anti-Titeuf… Titeuf est un personnage immuable, tout comme Astérix ou Tintin, il ne bouge pas. À l’inverse, Petit Polio grandit. Dans le prochain album intitulé L’Année Ventoline, il part se faire soigner dans une clinique spécialisée dans le traitement des maladies respiratoires». La série des Petit Polio lui permet de toucher un large public et, en 1999, de remporter le Prix Œcuménique au festival d’Angoulême. Au début des années 2000, il adopte un style graphique différent avec un trait semi-réaliste en introduisant la couleur directe à l’aquarelle sur ses planches de bande dessinée. Son frère cadet, Mourad Boudjellal, est le créateur et l’ancien PDG des éditions Soleil Productions.
En 1999, il reçoit Prix du jury œcuménique de la bande dessinée pour Petit Polio, t. 1.

(Source: Wikipedia, l’encyclopedie libre)

Cher Farid, j’ai le plaisir de vous présenter aux lecteurs d’Arménie et aux lecteurs francophones et anglophones du monde entier. La bande dessinée française est célèbre dans le monde. Des personnages comme Tintin, Astérix et Titeuf sont reconnaissables dans le monde entier. Comment caractérisez-vous le rôle de la bande dessinée française dans la culture mondiale?
C’est certainement la part de rêve. Souvent la bande dessinée est liée à l’enfance, même si aujourd’hui elle a plus ou moins coupé le cordon ombilical. Ceux qui ne lisaient pas de bandes dessinées enfant ont d’ailleurs beaucoup de mal à aborder ce médium. Lire une bande dessinée n’est aussi simple. Il faut saisir la page dans son ensemble, lire à la fois le texte et l’image.

Certains chercheurs attribuent l’origine de la bande dessinée aux peintures rupestres — êtes-vous d’accord?
Pourquoi pas. Une bande dessinée ce n’est pas une illustration. Il faut au moins deux images pour y entrer. La bande dessinée est l’espace temps entre ces deux images. Il peut s’écouler un quart de seconde ou des milliards d’années. C’est la spécificité de la bande dessinée, ce qui en fait un art narratif au même titre que le roman, le cinéma ou le théâtre.

Vos bandes dessinées montrent que les artistes de la bande dessinée ne sont pas seulement pour divertir: vous soulevez toujours des problèmes sociaux. Dans cette époque de monde incertaine quel rôle peut jouer la bande dessinée?
Le premier sujet de la bande dessinée et sans doute de tous les arts narratifs, c’est la bande dessinée elle-même. On peut y exprimer l’ensemble de ses préoccupations. L’essentiel est d’être à la fois lisible et novateur.

Quel est la chose la plus importante pour un dessinateur de BD?
La lisibilité, tant au niveau du dessin que des textes.

Beaucoup disent que l’ère des livres imprimés touche à sa fin. Les livres électroniques prévaudront sur tout, mais voyez-vous un avenir pour les bandes dessinées électroniques?
Je crois que la bande dessinée sera plus modifiée par le numérique que l’écrit qui lui ne risque rien. Si vous écrivez que le ciel est bleu sur un mur, un livre numérique ou un livre papier, le ciel est toujours bleu. Pour la BD c’est différent car il s’agit d’utiliser tous les outils que vous offrent le numérique, le mouvement, le son. Une BD sur un livre numérique, ce n’est déjà plus tout à fait une BD.

Il est évident que votre personnage Petit Polio, un petit Algérien vivant à Toulon, est votre alter ego. A quel point votre biographie y est-elle exprimée?
On ne parle bien que de ce qu’on connaît bien. Petit Polio est effectivement mon alter-égo mais il s’appelle Mahmoud et moi Farid. L’autobiographie n’existe pas, la seule réalité c’est la page blanche car le passé est mort. Je pense qu’on en dit bien plus sur soi en livrant son imaginaire que des bribes de sa vie

J’ai découvert votre origine arménienne en étudiant l’histoire des arméniens en Algérie, où j’ai connu votre grand-mère Marie Bedros Caramanian, l’héroïne de votre livre « Mémé d’Arménie ». Mon impression est que les grands-mères arméniennes ont une forte influence sur leurs petits-enfants, l’avocat turc Fethiye Çetin et l’actrice française Anny Romand ont dédié des livres à leurs grand-mères arméniennes. Parlez-nous de votre medz-ma — d’où elle était et quelle a été son influence sur ses petits-enfants?
En réalité comme ma grand-mère vivait à Toulon, je l’ai bien plus connue que ma famille algérienne. Elle était très pieuse et s’occupait de l’église arménienne à la rue Baudin. Une petite pièce ornée d’objets sacrés qui me fascinaient. Ma grand-mère ne parlait jamais du génocide qu’elle et sa famille avait subi. Par contre elle l’exprimait involontairement car elle ne supportait pas la moindre violence, qu’elle soit orale, physique, télévisée… Quand la marine turque débarquait à Toulon, elle ne mettait pas le nez dehors.

Votre livre sur votre grand-mère a été publié à Istanbul en arménien — d’où est venue cette idée?
Personnellement je n’y suis pour rien. Dès sa parution, un livre vous échappe complètement et appartient au lecteur. C’est un lecteur qui a eu envie de l’éditer. J’ai simplement donné mon accord.

Il a également été traduit en turc — quelle fut la réaction du côté turc?
Pareillement. Je n’ai appris que tardivement qu’il y avait une édition turque. En fait il existe trois éditions, deux arméniennes et une turque. Je suis heureux que mon album vive dans ces régions. Hélas, je n’ai eu aucun retour des lecteurs ou de l’éditeur.

En 2017, une brillante bande dessinée sur le sujet arménien, «La Structure est pourrie, camarade» de Viken Berberian et Yann Kebbi a été publié par Actes Sud BD en français. Connaissez-vous ce livre et avez-vous déjà rencontré des dessinateurs de BD arméniens?
Je ne connais pas cet album mais comptez sur moi pour en prendre connaissance. J’ai déjà rencontré plus d’un confrère (ou consœur) d’Arménie.

Avant les tristes événements de 2020, nous avons organisé un festival de la bande dessinée à Erevan — j’espère que tout finira par s’arranger et que vous viendrez visiter le pays de votre grand-mère encore.
J’ai séjourné trois fois à Erevan pour des stages organisés par une association «L’Association Pour la Promotion de la Bande dessinée en Arménie –APBDA» présidée par Monsieur Mardikian, un des créateurs du festival d’Angoulême, aujourd’hui décédé et Laurent Mélikian que vous devez connaître et qui est très actif dans ce domaine. Nous devions animer des ateliers de bandes dessinées en direction des arméniens. Un album est né de cette expérience. Les talents ne manquent pas en Arménie. Naturellement, je suis tout disposé à y revenir…

Erévan

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