François Mardirossian: Avec un amour filial et musical pour l’Arménie

Artsvi Bakhchinyan

EREVAN / LYON – J’ai rencontré le pianiste et poète français François Mardirossian François à Erevan, où il a donné un concert solo le 10 avril dernier. Il est né en 1989 à Metz, d’un père franco-arménien et d’une mère française. A l’âge de 19 ans, après des études au Conservatoire de Lyon, François intègre le Conservatoire de Bruxelles. Il se produit régulièrement en concert en France et en Belgique. Ses goûts l’amènent à jouer de Frédéric Chopin et Serge Rachmaninov à John Cage, Philip Glass et Keith Jarrett en passant par de nombreux compositeurs contemporains. Son premier album solo, sorti en 2019, comprend l’enregistrement des œuvres pour piano du compositeur américain Moondog. Ses deux derniers enregistrements, publiés en 2022 par Advitam Records, sont consacrés aux Études pour piano de Philip Glass et aux œuvres pour piano d’Alan Hovhaness. François Mardirossian écrit régulièrement pour la revue de musique contemporaine Hémisphère Son et a sorti en 2018 un recueil de poésie “Ce que Bruxelles recèle dans son ciel” aux éditions Chloé des Lys. En 2021, il reçoit le Grand Prix de la musique du groupe Paris/Lyon.

François, permettez-moi de vous féliciter pour votre brillant concert à Erevan. Nous avons tous été très impressionnés par l’énergie hors du commun avec laquelle vous interprétez Philip Glass. Pourquoi avez-vous choisi ce compositeur en particulier ?
Philip Glass est un compositeur qui m’accompagne depuis ma prime jeunesse. J’ai découvert quand j’avais 11 ans par hasard dans la discothèque de mon père son Concerto pour violon et j’ai eu le coup de foudre. J’ai rapidement pu obtenir de ses oeuvres pour piano et dès que j’ai été en âge de faire des concerts je l’ai mis à mes récitals – ce qui était assez rare au fond pour un pianiste classique mais aujourd’hui je me rends compte qu’il commence à être de plus en plus accepté dans les salles classiques. J’essaie de l’interpréter le plus honnêtement possible comme pour Chopin, Rachmaninov ou Komitas ! J’était heureux de jouer ses Études pour piano à Yerevan car c’est un recueil que je défends souvent en concert et que j’aime profondément jouer.

Avez-vous déjà rencontré Philip Glass ? Si oui, comment est-il en tant que personne ? Si non, quelle est la première question que vous aimeriez poser ?

Je n’ai pas encore eu cette chance. Il a eu mon enregistrement et l’a semble-t-il apprécié ! Si je devais lui poser une question…? Dans quel état d’esprit était-il quand il composé « Opening », une de ses plus belles pièces pour piano seul.
Je dois avouer que bien que Philip Glass ne soit pas mon compositeur préféré, je saisis toujours l’occasion d’écouter ses opus et je le fais toujours avec intérêt. En 2011, j’ai assisté à l’opéra “Satyaghara” de Philip Glass au Metroplitan Opera à New York en présence du compositeur. Pourtant, ses études pour piano m’ont semblé extrêmement excitantes. C’est peut-être dû à votre interprétation.

Je suis toujours content de savoir que les gens qui n’adorent pas forcément Glass apprécient néanmoins mes concerts ou le disque où je le joue. Je pense qu’un des problèmes de Glass est qu’il est souvent mal interprété. D’une façon mécanique, sans âme ou parfois l’inverse d’une façon trop guimauve. J’essaie de jouer ces Études comme je les sens et comme je les lis – scrupuleusement mais avec émotion. Certes, il y a des sentiments à fleur de peau chez ce compositeur mais il ne faut pas oublier qu’il est avant tout un compositeur radical. Comme Pierre Boulez. Ces deux compositeurs n’ont rien à voir mais ont seul point commun indéniable : soit on les adore soit on les honnit au plus haut point. Toutefois, il est indéniable que les deux ont fait l’Histoire de la musique du siècle passé.

Votre biographie mentionne Svetlana Eganian comme l’une des rares rencontres heureuses qui vous ont décidé à faire du piano votre métier. Qui est cette musicienne ?
C’est une professeure française d’origine russo-arménienne avec qui j’ai eu la joie de travailler durant quelques années. Elle m’a beaucoup apporté, notamment dans Scriabin et Schumann. Elle a enseigné durant un certain temps au Conservatoire supérieur de musique de Lyon.

Vous avez joué Allan Hovhaness et Goordjieff, que l’on peut considérer comme des compositeurs arméniens, mais aussi Arno Babajanyan. Et vous nous avez montré un certain nombre d’œuvres pour piano de compositeurs arméniens. Êtes-vous en train d’élargir votre répertoire arménien ?
J’ai toujours aimé la musique arménienne, pas que celle pour piano. J’aime la jouer ! Je joue Babadjanian, Komitas bien sûr, Abramian, Baghdassarian, Arutunian et j’ai profité de ce récent concert pour aller en chercher d’autres…et j’ai fait de splendides découvertes : Robert Amirkhanyan, Georgy Sarajyan, Nikoghayos Tigranian etc. Je compte créer un récital avec tous ces compositeurs – mais aussi compositrices car j’aime aussi beaucoup Guyane Chebotarian. Je suis très heureux que mon troisième disque ait été consacré au compositeur américain d’origine arménienne Alan Hovhaness (de son vrai nom Alan Vaness Chakmakjian) né en 1911 et disparu en 2000. Sa musique reste assez méconnue dans le pays de ses origines mémé si elle s’en inspire beaucoup. Ce disque a été consacré meilleur enregistrement de l’année par un magazine français.

Qu’est-ce que l’Arménie pour vous ?
C’était mon second voyage. J’y étais déjà allé avec un de mes soeurs et mon père en 2014 durant plus de trois semaines. Nous étions restés longuement à Yerevan puis ensuite nous avions fait la route des monastères, allés jusqu’au lac Sevan, dans le Sud etc. Ça a été à l’époque un voyage qui m’a bouleversé et beaucoup apporté. J’ai renoué avec mes origines et le pays de mes ancêtres moi qui malheureusement ne parle pas la langue arménienne…

D’où est originaire la famille Mardirossian et quelles sont vos traditions arméniennes si vous en avez ?
J’ignore exactement d’où ma famille est issue, je pense que c’est plus en Anatolie — d’où la diaspora. J’ai toujours vécu en connaissant l’Histoire de l’Arménie, sa culture culinaire mais la musique c’est moi qui me la suis appropriée. Depuis mon retour de ma deuxième visite en Arménie, je me suis replongé dans quelques livres et franchement je serais heureux de revenir défendre ces compositeurs découverts — qui ne sont pas plus joués en Arménie à ce que je vois à mes recherches !

Vous écrivez également des poèmes. Avez-vous écrit quelque chose après votre voyage en Arménie ?
La poésie a été une partie de moi durant quelques mois, il y a de ça presque 6 ans. J’ai écrit tout un recueil très rapidement et dans un sentiment très particulier. J’ai réussi à le publier mais depuis plus rien. J’ai plus à coeur de m’exprimer en musique désormais. Alors, pourquoi pas un morceau hommage à l’Arménie. Comme l’improvisation tirée d’un thème de Komitas, à la fin de mon concert…

Érévan

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