Pierre Koulak : Jouer avec les grandes étoiles du cinéma français

Artsvi Bakhchinyan

Pierre Koulak (Koulaksezian) est un acteur, auteur et metteur en scène français d’origine arménienne né à Saint-Chamond, Loire en 1942. Très tôt, son talent est remarqué lorsqu’il animait les marchés de la Loire, aidant sa famille à la vente de tissus. Il sera formé au Centre dramatique de Saint-Étienne (Jean Dasté), où il donnera ses premiers spectacles. Il joue ensuite des sketches avec Fernand Raynaud au Théâtre de l’Étoile puis à l’Alhambra. Il se dit dans les milieux artistiques que Fernand Raynaud considérait Pierre Koulak comme son meilleur ami. En cette qualité, Pierre Koulak fut l’auteur d’une biographie du comédien, publiée en 2011. Sa gestuelle et surtout sa capacité d’improvisation le feront repérer par de grands noms du cinéma français (Jean Gabin, Louis de Funès, Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, Anthony Quinn). Il compte aujourd’hui plus d’une centaine d’apparitions. Il a entre autres joué dans Borsalino, Borsalino and Co, Le Soleil des Voyous, Le Pacha, Les Aventures de Rabbi Jacob, La Peau de Torpedo, Brigades du Tigre, Commissaire Moulin, La Traque, S.A.S. à San Salvador, Le Cœur au ventre, La Guerre des insectes, Marseille Contrat, Un Officier de Police sans Importance, À tout casser, Les oiseaux vont mourir au Pérou, Commissaire Maigret, Messieurs les Galopains, Les Grands Moyens, Morte Terre, Ring, Les Caïds, Salut Champion !, Béru et ces dames, Thibaud les Croisades, Un Cave, La rage aux poings, Arsène Lupin, Médecins de nuit, Jean Christophe, Histoire de voyou, Il faut marier Julie, Tout est dans la fin, Un balcon en forêt, Maigret, Le gorille compte ses abattis, Antoine Rives, Il y a maldonne, Le Mari de l’Ambassadeur, etc. (De Wikipédia, l’Encyclopédie libre).
Cette entrevue, je l’ai faite par l’intermédiaire du neveu de Pierre Koulak, Ruben Koulaksezian, que je remercie infiniment pour sa disponibilité et sa coopération.

Cher M. Koulak, merci beaucoup pour votre accord de donner une interview à la presse arménienne. Que considérez-vous comme votre travail le plus remarquable?
Il y en a beaucoup, mais je dirais que Le Pacha, avec Jean Gabin, sorti en 1968, est probablement le plus marquant. En effet, j’avais mon nom à l’affiche du film, placardée dans toute la France, aux côtés des grands acteurs de l’époque. Le Soleil des Voyous, sorti en 1967, avec Jean Gabin et Robert Stack, ainsi que Borsalino, avec Alain Delon et Jean-Paul Belmondo, de 1970, sont tout aussi inoubliables.

Vous avez travaillé avec de nombreux acteurs légendaires. Y a-t-il quelqu’un que vous pouvez séparer?
J’ai joué avec les plus grands, Jean Gabin, Jean-Paul Belmondo, Robert Stack, Louis de Funès, Anthony Quinn, Johnny Halliday, mais je dirais que c’est Alain Delon qui se démarquait le plus. Il avait un talent absolument grandiose, et comme il le disait lui-même, il ne «jouait» pas ses personnages, il les «vivait».

Louis de Funès reste un acteur très apprécié du public arménien. Quels souvenirs particuliers gardez-vous de lui ?
C’était très agréable de tourner avec Louis de Funès, et le film Les Aventures de Rabbi Jacob a beaucoup contribué à ma notoriété en France. Il était très professionnel et efficace, mais pas particulièrement bavard. Il venait sur le tournage, et repartait une fois le travail terminé.

En Arménie beaucoup ont vu vos films, sans savoir sur votre origine arménienne. Pourriez-vous s’il vous plaît nous parler de vos racines — d’où venaient vos parents?
Contrairement à d’autres arméniens de France dans les milieux artistiques, j’ai toujours mis en avant mes origines arméniennes. Cacher ses origines arméniennes, c’était la facilité, ça permettait de réussir plus facilement, surtout dans le cinéma ou la musique. J’ai toujours été fier de mes origines, et mon ami Fernand Reynaud, célèbre humoriste de l’époque, adorait venir manger à la maison et goûter à la cuisine arménienne de ma mère. Ma famille est originaire de Marache, en Cilicie. Ceux qui ont survécu au génocide ont été déportés vers Alep, où ils sont restés quelques années avant de partir pour la France en 1930.

Dans un magazine arménien de 1962 figurait une information selon laquelle vous comptez filmer une des œuvres de Marcel Achard avec Jean-Jacques Varoujean. Je suppose qu’il n’a jamais réalisé?
Franchement, je ne m’en souviens pas.
Dans le même article votre nom de famille était également mentionné comme Bebekian — avez-vous une idée de pourquoi?
Au tout début de ma carrière, il m’est arrivé d’utiliser ce nom, car dans ma famille tout le monde m’appelle, encore aujourd’hui, «Bebek».

Quelles traditions arméniennes votre famille a eues?
Je pense que nous avons préservé la plupart des traditions arméniennes. Dans les fêtes, les célébrations, les repas de famille, les relations entre les générations, le respect, l’éducation, l’importance de la religion, nous avons été peu influencés par les traditions françaises. Quand j’étais enfant, nous vivions dans un taudis, sur les bords du Gier, à Saint-Chamond, et comme c’était seulement les familles arméniennes, les plus pauvres, qui y vivaient, les Français appelaient le bâtiment «la maison des Arméniens». Il y avait aussi un barrage dans les montagnes autour de Saint-Chamond, et les anciens disaient que l’air de la montagne leur rappelait les montagnes autour de Marache. Tous les étés, les Arméniens y allaient en famille pour pique-niquer et profiter de la nature. Cette tradition était telle que les Français ont également appelé ce barrage «le barrage des Arméniens».

Avez-vous déjà été en Arménie?
Oui, j’ai visité l’Arménie, et j’ai vraiment senti une connexion avec cette terre, même si mes ancêtres venaient de Cilicie, à des centaines de kilomètres d’Erevan. Mais c’est l’Arménie d’aujourd’hui, c’est notre patrie à tous, tous les arméniens du monde.

En Arménie, beaucoup connaissent Fort Boyard, mais ils n’ont aucune idée que le compositeur du générique original était votre frère, Paul Koulak. Quelques mots sur lui, s’il vous plaît.
Mon frère Paul était très créatif, il a commencé à s’intéresser à la musique très tôt, alors que toute la famille travaillait sur les marchés. A force de travail et de patience, il a réussi à être sélectionné pour faire le générique de cette jeune émission qui naissait en 1990, appelée Fort Boyard, et qui deviendra la plus ancienne des émissions de télévision française encore diffusée aujourd’hui.

Merci beaucoup pour l’entrevue, cher M. Koulak, je vous souhaite une bonne santé et une énergie positive.

Erevan

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