{"id":2744,"date":"2025-10-18T02:58:44","date_gmt":"2025-10-18T06:58:44","guid":{"rendered":"https:\/\/kragan.horizonweekly.ca\/?p=2744"},"modified":"2025-10-18T02:58:44","modified_gmt":"2025-10-18T06:58:44","slug":"roland-godel-ecrire-pour-les-ados-et-sur-les-armeniens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kragan.horizonweekly.ca\/?p=2744","title":{"rendered":"Roland Godel: \u00c9crire pour les ados et sur les arm\u00e9niens"},"content":{"rendered":"<h5>Artsvi Bakhchinyan<\/h5>\n<p>YEREVAN-MULHOUSE, France \u2014 L\u2019\u00e9crivain Roland Godel (n\u00e9 en 1958 \u00e0 Gen\u00e8ve) travaille comme journaliste depuis plus de quinze ans. En 1999, il a rejoint l\u2019\u00c9tat de Gen\u00e8ve en tant que responsable de la communication, et depuis, il \u00e9crit des histoires et des romans destin\u00e9s \u00e0 un jeune public. Il a re\u00e7u le Prix Chronos en 2008 pour <em>Les Petits Secrets de la pension Mimosa<\/em>, ainsi que le Prix du roman historique <!--more-->jeunesse et le Prix Tatoulu en 2010 pour <em>La Sorci\u00e8re de Porquerac<\/em>. Parmi ses autres romans figurent <em>Le Secret de mon p\u00e8re, Le Sens de l\u2019honneur, Le Dernier Bastion,<\/em> etc. Oui! Roland Godel a bel et bien \u00e9crit un roman centr\u00e9 sur le harc\u00e8lement scolaire. En 2016, il a re\u00e7u le Prix UNICEF de litt\u00e9rature jeunesse pour <em>J\u2019ai os\u00e9 dire non!<\/em>, qui a \u00e9t\u00e9 salu\u00e9 pour son message fort contre le harc\u00e8lement.<br \/>\nRoland Godel est p\u00e8re de deux enfants et partage sa vie entre la France et la Gr\u00e8ce.<\/p>\n<p><em>Cher Roland, dans vos \u00e9crits vous explorez diff\u00e9rentes probl\u00e9matiques sociales et vous vous penchez sur les relations humaines, les \u00e9motions et les sentiments. Votre litt\u00e9rature s\u2019adresse souvent \u00e0 un jeune public. Cela s\u2019explique-t-il par le fait que vous \u00eates rest\u00e9 jeune dans l\u2019\u00e2me?<\/em><br \/>\nC\u2019est vrai, \u00e0 67 ans, je m\u2019efforce de rester jeune dans mon c\u0153ur, et le fait d\u2019imaginer et d\u2019\u00e9crire des romans pour les adolescents me renvoie constamment \u00e0 ma propre jeunesse et \u00e0 mon v\u00e9cu. Cela aide \u00e0 ne pas devenir un vieil homme aigri, d\u00e9sabus\u00e9 et enferm\u00e9 dans ses certitudes. Je crois profond\u00e9ment que les jeunes adolescents ont la merveilleuse capacit\u00e9 de recevoir et absorber les histoires qui les touchent avec un esprit totalement ouvert, en se permettant de ressentir toute la palette de leurs \u00e9motions. C\u2019est ainsi qu\u2019ils se questionnent, qu\u2019ils exercent leur sens critique et qu\u2019ils construisent leur personnalit\u00e9. Plus tard, apr\u00e8s l\u2019\u00e2ge de 15 ou 16 ans, les jeunes lecteurs commencent \u00e0 \u00eatre brid\u00e9s par des pr\u00e9jug\u00e9s, des certitudes et des postures d\u00e9fensives.<\/p>\n<p><em>Votre court roman pour enfants, \u00abJ\u2019ai os\u00e9 dire non!\u00bb, aborde de front le th\u00e8me du harc\u00e8lement scolaire, un sujet qui me tient particuli\u00e8rement \u00e0 c\u0153ur. Pensez-vous que cette probl\u00e9matique restera toujours d\u2019actualit\u00e9, m\u00eame si les \u00e9tablissements scolaires \u2014 notamment en Occident \u2014 semblent s\u2019efforcer de la r\u00e9duire au strict minimum?<\/em><br \/>\nIl me semble que cette probl\u00e9matique est plus actuelle que jamais. Regardez les hommes autoritaires et sans piti\u00e9 qui occupent aujourd\u2019hui les plus hautes positions politiques: Trump, Poutine, Netanyahou, Orban&#8230; Ce sont des profils typiques du harc\u00e8lement et de l\u2019intimidation. Des hommes construits sur la base de relations de fort \u00e0 faible qui semblent jouir de leur position de pouvoir sur les autres. Bien s\u00fbr, si l\u2019on creuse l\u2019aspect psychologique, on s\u2019aper\u00e7oit que les harceleurs sont souvent des gens qui ont eux-m\u00eames souffert durant leur enfance et dont la vie est une sinistre histoire de revanche. C\u2019est donc une question complexe et c\u2019est bien d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge, l\u2019\u00e2ge de l\u2019ouverture, qu\u2019il faut sensibiliser les enfants.<\/p>\n<p><em>En dehors des th\u00e9matiques de la violence et de la sexualit\u00e9, existe-t-il d\u2019autres restrictions ou limites que vous vous imposez lorsque vous \u00e9crivez pour un jeune public?<\/em><br \/>\nLa litt\u00e9rature pour la jeunesse a compl\u00e8tement chang\u00e9 depuis trente ans. Aujourd\u2019hui, on peut parler de tout avec beaucoup de libert\u00e9 et de sensibilit\u00e9: la mort, la s\u00e9paration, le racisme, la solitude, la jalousie, la frustration, la famille, la drogue, le mal-\u00eatre, la maladie, le suicide&#8230; On peut m\u00eame parler de violence et de sexe, \u00e0 condition d\u2019\u00eatre sinc\u00e8re et pas provocateur, de rester au niveau de ce qui peut \u00eatre accessible \u00e0 cet \u00e2ge et de garder une approche ad\u00e9quate de pudeur et de respect du lecteur.<\/p>\n<p><em>Vous \u00eates issu d\u2019une famille intellectuelle: votre grand-p\u00e8re, linguiste, philologue et arm\u00e9nologue suisse (1902\u20131984), fut professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve. Son nom est souvent cit\u00e9 dans les cours de linguistique constructive. Il parlait seize langues, dont l\u2019arm\u00e9nien. Quel souvenir personnel gardez-vous de cet \u00e9rudit hors du commun?<\/em><br \/>\nMon grand-p\u00e8re, Robert Godel, \u00e9tait un v\u00e9ritable esprit scientifique dans la lign\u00e9e du \u00abSi\u00e8cle des Lumi\u00e8res\u00bb. M\u00e9thodique, allant toujours au fond des choses, exigeant envers lui-m\u00eame, mais aussi ouvert au doute, \u00e0 la remise en question. Je crois que ce qui le caract\u00e9risait notamment, c\u2019\u00e9tait l\u2019esprit de la religion protestante de Calvin dans ce qu\u2019il a de plus noble, \u00e0 la fois rigoureux, sobre, honn\u00eate, spirituel et rationnel, avec un fort accent mis sur le m\u00e9rite et la droiture.<br \/>\nMon grand-p\u00e8re \u00e9tait sinc\u00e8rement int\u00e9ress\u00e9 par les autres \u00eatres, les gens diff\u00e9rents, sans pr\u00e9jug\u00e9s. Imaginez ce tr\u00e8s jeune homme suisse qui est parti enseigner le fran\u00e7ais dans les ann\u00e9es 1920 au lyc\u00e9e Galatasaray d\u2019Istanbul et qui est tomb\u00e9 amoureux l\u00e0-bas d\u2019une petite arm\u00e9nienne, ma grand-m\u00e8re, et qui s\u2019est ensuite passionn\u00e9 pour la langue et la culture arm\u00e9niennes, ce qui ne l\u2019a pas emp\u00each\u00e9 de publier aussi plus tard une grammaire de la langue turque. A l\u2019\u00e9poque, c\u2019\u00e9tait peu commun!<\/p>\n<p><em>On dit souvent que toutes les grands-m\u00e8res sont uniques, mais que les grands-m\u00e8res arm\u00e9niennes le sont encore davantage. Quels souvenirs pr\u00e9cieux conservez-vous de votre grand-m\u00e8re M\u00e9line Godel (n\u00e9e Papazian)?<\/em><br \/>\nA c\u00f4t\u00e9 de ma m\u00e8re allemande, ma grand-m\u00e8re arm\u00e9nienne, survivante de la d\u00e9portation et du g\u00e9nocide, a \u00e9t\u00e9 mon soleil et mon amour d\u2019enfant. Dans la Gen\u00e8ve protestante qui \u00e9tait alors tr\u00e8s pudique et r\u00e9serv\u00e9e dans l\u2019expression des sentiments, elle m\u2019a \u00e9merveill\u00e9 par son rire, par sa cuisine orientale \u2014 c\u2019\u00e9tait quelque chose de tout \u00e0 fait inconnu \u00e0 l\u2019\u00e9poque en Europe \u2014, par son affection d\u00e9monstrative, ses col\u00e8res parfois, ses chansons en grec ou en arm\u00e9nien. Je repense souvent \u00e0 la fa\u00e7on qu\u2019elle avait de me serrer tr\u00e8s fort dans ses bras contre sa poitrine en soupirant d\u2019aise et en me soufflant des mots doux en arm\u00e9nien. C\u2019\u00e9tait un \u00e9change spontan\u00e9, on se donnait du bonheur l\u2019un \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p><em>En France comme en Arm\u00e9nie, j\u2019ai eu l\u2019honneur de rencontrer \u00e0 trois reprises votre p\u00e8re, le po\u00e8te et traducteur <\/em>Vahe Godel.<em> Son r\u00f4le dans la transmission de la po\u00e9sie arm\u00e9nienne aux lecteurs francophones est inestimable. Il continue d\u2019\u00e9merveiller \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 94 ans. Quel est le lien litt\u00e9raire \u2014 ou affectif \u2014 qui vous unit \u00e0 lui en tant qu\u2019\u00e9crivain?<\/em><br \/>\nAu niveau personnel, nous avons une relation d\u2019affection sinc\u00e8re mais assez pudique et peu expansive. Je crois que mon p\u00e8re a davantage h\u00e9rit\u00e9 le temp\u00e9rament de mon grand-p\u00e8re que celui de ma grand-m\u00e8re\u00a0! Mon p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 un po\u00e8te d\u2019avant-garde, dont les \u00e9crits ne sont pas tr\u00e8s faciles \u00e0 recevoir. Lorsque j\u2019\u00e9tais jeune, sa po\u00e9sie me paraissait assez myst\u00e9rieuse et inaccessible. J\u2019ai red\u00e9couvert ses textes \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte. De son c\u00f4t\u00e9, je sais qu\u2019il est fier que j\u2019\u00e9crive, et admiratif de ma bibliographie. Mais, pour \u00eatre honn\u00eate, je ne pense pas qu\u2019il ait lu beaucoup de mes romans!<\/p>\n<p><em>Deux de vos ouvrages s\u2019inscrivent dans l\u2019histoire arm\u00e9nienne: \u00abDans les yeux d\u2019Anouch: Arm\u00e9nie 1915\u00bb et \u00abLe Chant de Smyrne\u00bb. Comment ont-ils \u00e9t\u00e9 accueillis par le public? Et au-del\u00e0 de ces pages douloureuses, d\u2019autres facettes de la culture ou de l\u2019histoire arm\u00e9nienne \u00e9veillent-elles votre int\u00e9r\u00eat?<\/em><br \/>\nLe r\u00e9cit inspir\u00e9 de la d\u00e9portation de ma grand-m\u00e8re, publi\u00e9 chez Gallimard et r\u00e9compens\u00e9 par deux jolis prix \u00e0 Paris, a rencontr\u00e9 un bon succ\u00e8s d\u2019estime. Il est souvent \u00e9tudi\u00e9 dans les \u00e9coles en France car, \u00e0 ma connaissance, c\u2019est l\u2019un des rares romans en fran\u00e7ais pour adolescents qui traite du g\u00e9nocide. Cela dit, le sujet n\u2019est pas aussi facile \u00e0 vendre qu\u2019un roman policier ou d\u2019aventures h\u00e9ro\u00efques, c\u2019est donc surtout un livre de r\u00e9f\u00e9rence, et pas un \u00abbest-seller\u00bb. L\u2019autre livre parle de la \u00ab\u00a0catastrophe\u00a0\u00bb v\u00e9cue par les Grecs en Asie mineure entre 1919 et 1922. Il est extr\u00eamement document\u00e9 et je me suis rendu sur place pour faire des rep\u00e9rages. C\u2019est un roman historique qui touche surtout les personnes qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 ces \u00e9v\u00e9nements historiques.<\/p>\n<p><em>Avez-vous d\u00e9j\u00e0 eu l\u2019occasion de visiter l\u2019Arm\u00e9nie? Quelles impressions ce pays vous a-t-il laiss\u00e9es?<\/em><br \/>\nNon, je ne suis pas all\u00e9 en Arm\u00e9nie, cela fait partie de mes projets. Mais je dois aussi dire que, pour moi, l\u2019Arm\u00e9nie, c\u2019est l\u2019Asie Mineure de ma grand-m\u00e8re, qui parlait aussi bien l\u2019arm\u00e9nien que le grec et le turc. Je me suis rendu plusieurs fois dans cette r\u00e9gion o\u00f9 ma grand-m\u00e8re a v\u00e9cu une enfance heureuse avant la d\u00e9portation, lorsque l\u2019Asie Mineure \u00e9tait cosmopolite, multilingue, cultiv\u00e9e, \u00e0 la pointe des \u00e9changes commerciaux et culturels en Europe. Aujourd\u2019hui, je vis la moiti\u00e9 de l\u2019ann\u00e9e en Gr\u00e8ce, mes enfants sont baptis\u00e9s dans l\u2019\u00e9glise orthodoxe grecque, je continue \u00e0 apprendre cette langue et je me sens familier dans cet environnement o\u00f9 je croise parfois des Arm\u00e9niens de la diaspora, descendants d\u2019exil\u00e9s de Turquie.<\/p>\n<p><em>Cependant, vous \u00eates toujours les bienvenus en Arm\u00e9nie!<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Artsvi Bakhchinyan YEREVAN-MULHOUSE, France \u2014 L\u2019\u00e9crivain Roland Godel (n\u00e9 en 1958 \u00e0 Gen\u00e8ve) travaille comme journaliste depuis plus de quinze ans. En 1999, il a rejoint l\u2019\u00c9tat de Gen\u00e8ve en tant que responsable de la communication, et depuis, il \u00e9crit des histoires et des romans destin\u00e9s \u00e0 un jeune public. 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